L'expert des relations

sociales et syndicales

" En toute démocratie "

Le choix d'un dirigeant syndical procède-t-il d'une démarche démocratique ? Il est préférable de parler de cooptation, tempérée par l'élection.


Le 45ème congrès confédéral de la CFDT se tient à Nantes du 27 au 31 mai 2002. Ce congrès est, comme dans toute confédération syndicale, la réunion des syndicats de base. Lesquels sont invités à débattre des orientations et à fixer les choix stratégiques pour les quatre années à venir. Sur ce point, le congrès s’annonce intéressant, tant l’actualité sociale est riche de choix et d’options possibles et tant la place désormais occupée par la CFDT sur l’échiquier syndical français est grande.

Le congrès confédéral est aussi l’occasion de renouveler l’équipe dirigeante de la confédération, c’est-à-dire, à la CFDT, le Bureau national.

Dans une organisation qui a tenu en 1964 à changer son appellation et, en abandonnant le titre de Confédération Française des Travailleurs Chrétiens, à s’intituler Confédération Française Démocratique du Travail, on pourrait penser que ce renouvellement se fait selon des procédures permettant une expression précisément démocratique des syndicats de base.

Il n’en est rien. Les filtres existent, aujourd’hui vérifiés par l’appareil confédéral, qui permettent de contrôler la possibilité de se porter candidat au Bureau national. En clair : un syndicat de base ne peut pas présenter un candidat si cette candidature n’a pas été validée au préalable par une fédération ou une région.

Quant au successeur de Nicole Notat au poste de secrétaire général de la confédération, les délégués au congrès n’ont pas de tourment à se faire. Il a déjà été choisi, par le secrétaire général sortant, il y a plusieurs mois. Un communiqué du 18 septembre 2001 indiquait que le Bureau national " a donné un large accord pour que François Chérèque soit proposé comme candidat à la fonction de secrétaire général de la confédération, lors du prochain congrès ".

Faut-il s’étonner de cette absence de démocratie à la CFDT ? Pas forcément. Contrairement au discours officiel, qui tient plus de l’utopie que du mensonge, la CFDT et les autres organisations syndicales n’ont jamais pratiqué l’élection directe de leurs dirigeants par les syndicats de base. Le processus de désignation des exécutifs syndicaux a toujours été le fait d’une cooptation effectuée par l’équipe sortante (sauf coup de force, comme à la CFDT en 1992, quand Jean Kaspar a dû céder sa place à Nicole Notat), cooptation tempérée par l’élection.

La CFDT n’est pas la seule concernée. La CFTC, qui tient son congrès en novembre 2002, a déjà laissé indiquer que le successeur d’Alain Deleu à la présidence pourrait être Jacques Voisin, actuellement premier vice-président. L’information n’a pas donné lieu, contrairement à la CFDT, à un communiqué officiel mais, en janvier dernier, au constat de cette possibilité, par le président, lequel avait répondu en ce sens aux journalistes qui l’avaient questionné. Là encore, les délégués des syndicats de base disposent d’une orientation de vote...incitative.

Quant à Force ouvrière, les choses sont tout aussi claires. Deux noms circulent, pour succéder début 2004 à Marc Blondel au poste de secrétaire général : Jean-Claude MALLET ou Jean-Claude MAILLY, ce dernier étant réputé avoir la préférence du secrétaire général sortant. Lequel a répondu à la question de sa succession : " Je me donne l’année 2003 pour éviter de faire ce qu’avait fait mon prédécesseur, André Bergeron, qui avait intronisé deux candidats. Je ferai en sorte qu’en toute démocratie, il n’y ait qu’un ou une candidat(e). " (Le Monde, 17 mai 2002).

En toute démocratie, a-t-on bien lu...

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