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sociales et syndicales

Lu pour vous : « PCF : de la mutation à la liquidation »

Un regard sur les trente dernières années du PCF apporte un éclairage utile aux questions qui se posent aujourd'hui à la CGT et aux choix qu'elle aura à faire à son prochain congrès, en avril 2006.

A la Libération, un Français sur quatre votait communiste et le Parti disposait d’un immense pouvoir sur la vie politique, économique et sociale de notre pays.

En moins de soixante ans, le déclin est terrible, qu’a illustré le score de Robert Hue à l’élection présidentielle de 2002 : 3,4 % des suffrages exprimés.

Les transformations de la société française (installation d’une classe moyenne, progrès des idées réformistes et désaffection pour l’idée de révolution), les évolutions de la politique française (remontée électorale du Parti socialiste depuis 1971) et celles de la politique internationale (déclin puis effondrement de l’Union soviétique) constituent quelques unes des explications au phénomène.

Le PCF tétanisé par la chute du mur de Berlin

En privilégiant la vie intérieure du Parti, Dominique Andolfatto décrit les évolutions des trente dernières années, au centre desquelles se situe la chute du mur de Berlin, face à laquelle, écrit l’auteur, « le PCF s’est montré comme tétanisé ».

La tentative d’une mutation, d’un aggiornamento au milieu des années 1990 et les échecs de cette démarche débouchent aujourd’hui sur les prémices d’une liquidation.

Précisément parce qu’il ne cherche pas à décrire l’ensemble des causes du déclin du PCF mais privilégie les comportements et les évènements internes à son appareil de direction, l’ouvrage apporte une belle mise en perspective et fournit, ici et là, des informations inédites. Les relations entre Georges Marchais et Robert Hue, la montée aux commandes de ce dernier suivi de son départ au profit de Marie-George Buffet sont décrites à partir de documents et d’entretiens des plus intéressants. On aurait apprécié toutefois une analyse plus développée des positions du PCF face aux développements de la mouvance altermondialiste qui se pose aujourd’hui en concurrent politique sérieux.

Un inventaire des ressources électorales et financières complète l’étude qui permet de comprendre aussi le passé récent des relations PCF-CGT et de mieux apprécier la problématique actuelle qui se pose à l’équipe de Bernard Thibault.

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Bernard Thibault confronté aux mêmes questions

Ce dernier se trouve, en effet, confronté aux mêmes interrogations que Robert Hue. Comment adapter la CGT aux évolutions de la société ? Comment conserver une image suffisamment traditionnelle (syndicalisme de rupture) pour ne pas voir se développer une concurrence syndicale type SUD ? Comment, en sens contraire, contenir les réflexes des anciens du Parti et du syndicat pour éviter la glaciation du syndicat et pour lui permettre la mutation nécessaire vers une démarche où l’esprit de négociation et de compromis aura davantage de place ?

L’appareil de la CGT toujours sous contrôle communiste

Toutes ces questions constituent l’actualité chaude de la CGT. La reprise en main par l’appareil communiste des orientations de la CGT s’est concrétisée en février dernier par l’arrêt brutal de la politique d’ouverture qu’entendait exprimer Bernard Thibault à l’occasion du referendum du 29 mai 2005. En appelant à voter « non », le Comité confédéral national (CCN) de la CGT a pratiquement désavoué son secrétaire général (qui est, ne l’oublions pas, désigné par lui à l’occasion du congrès confédéral), parti sur une ligne de non-consigne de vote.

Dominique Andolfatto le rappelle : 80 % des secrétaires des unions départementales de la CGT et 25 secrétaires généraux des fédérations sur une bonne trentaine ont toujours (le recensement date de 2003) leur carte du PCF en poche. Même si ces militants ne siègent plus de façon aussi intense que naguère dans les instances dirigeantes du PCF, ils continuent à en partager le projet et à en appliquer les consignes.

Avril 2006 : le prochain congrès CGT

Initialement prévu fin 2006, le prochain congrès de la CGT se tiendra en avril 2006. La position de Bernard Thibault est aujourd’hui difficile. Le livre de Dominique Andolfatto trouvera-t-il un prolongement lorsque s’écrira le déroulement ce prochain congrès de la CGT, lorsqu’il faudra analyser comment Bernard Thibault a voulu être, à son tour, le Robert Hue rénovateur de la CGT sans finir comme lui, écarté et remplacé par une Marie-George Buffet plus « rouge vif » ? Il est, au sein de la CGT, des dirigeants (... et des dirigeantes) qui ne verraient pas d’un mauvais œil l’Histoire se répéter.

La problématique CGT-PC ne forme pas l’essentiel du livre de Dominique Andolfatto. Mais les liens PCF-CGT subsistent et la compréhension de ce qui se passe à l’intérieur du PCF demeure indispensable pour analyser les évolutions en cours à la CGT.

« PCF : de la mutation à la liquidation », par Dominique Andolfatto, Editions du Rocher, 2005, 320 pages, 21,90 €.

 

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