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Icare ne connaissait pas le golden parachute

{{Le célèbre tableau de Pierre Bruegel l'Ancien « La chute d'Icare » a inspiré un commentaire diffusé par [Direct 8->http://direct8.directmedia.fr] dans l'émission « Dieu merci » du 6 mars 2009. Sur le thème « L'homme dans l'entreprise », cette émission accueillait Ernest-Antoine Sellière, président de Business Europe et Bernard Vivier, directeur de l'IST. Nous reproduisons, avec l'aimable autorisation de la rédaction de Direct 8, le commentaire du tableau de Bruegel.}}

Ce tableau, conservé aux musées royaux des Beaux Arts de Bruxelles, est probablement l’un des plus célèbres du grand Pierre Bruegel l’Ancien. C’est aussi l’un des plus curieux. Son titre, en effet, est la Chute d’Icare. Il s’agit de cette histoire du fils de l’architecte Dédale qui, avec son père, se confectionne des ailes pour s’échapper du labyrinthe de Minos. S’approchant trop près du soleil, Icare fit fondre la cire qui reliait les plumes et s’abîma dans la mer qu’il survolait.

Pourtant, où est Icare dans le tableau de Bruegel ? Il faut chercher un moment pour le trouver, dans l’angle inférieur droit. Bizarrement, le sujet même du tableau est passé à la trappe. Ni le laboureur du premier plan, ni le berger derrière lui, ni même le pêcheur, pourtant tout proche n’ont remarqué le drame d’Icare.

Pourquoi ce choix ?

Bruegel veut-il nous dire qu’une vie saine et laborieuse vaut mieux qu’une vie d’aventures et de spéculations ?

Oppose-t-il la terre au ciel, le sillon qui s’enfonce aux ailes qui s’élèvent, le labour qui engendre aux ambitions qui se perdent ?

En donnant la première place au paysan, il semble proposer une hiérarchie des valeurs dans laquelle le travail honnête et pacifique (car son couteau est déposé) prime sur les rêves de gloire et d’ascension.

Voilà le véritable ordre du monde.

A côté de la vie active, le berger représente peut-être la vie contemplative. Sans doute est-ce aussi une évocation des deux grands livres de Virgile les Géorgiques et les Bucoliques.

Enfin, il faut rappeler que l’époque où l’artiste peint son tableau est une période de crise et de conflits religieux et politiques. Souvent Bruegel, en bon humaniste, dénonce dans ses œuvres la folie des hommes et les invite à la modération.

Sans doute dans le contexte actuel cette chute d’Icare nous parle-t-il toujours et nous met-il en garde contre la recherche d’une gloire vaine, contre une soif d’ascension et contre un désir de zénith qui finit par brûler les ailes.

Sans quoi nous nous exposerions à la même chute qu’Icare qui malheureusement pour lui ne connaissait pas le principe du golden parachute.

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La chute d’Icare (1558), Pierre Bruegel l’Ancien (1525-1569)

 

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