L'expert des relations

sociales et syndicales

Le calendrier de la rentrée

Après la pause estivale, la rentrée politique s'organise. La rentrée sociale aussi. Les grèves et manifestations du 7 septembre, autour de la réforme des retraites, seront à suivre avec attention. On trouvera ici l'agenda de la rentrée des partis et des syndicats.

Les universités d’été des partis politique constituent aujourd’hui un moment incontournable de leur vie interne.

Ces universités permettent, dans une ambiance décontractée et dans un lieu agréable, de mener quelques travaux de réflexion et de prospective, de procéder à quelques ajustements (le Parti Socialiste et les Verts sont particulièrement concernés), de distiller aussi quelques phrases et formules dans les médias.

Dans les partis politiques

Cette année est particulièrement sensible : l’approche des élections présidentielle et législatives du printemps 2012 nécessite un premier profilage des programmes et candidats potentiels. 
- Les Verts et Europe Ecologie ont tenu les premiers leur université d’été à Nantes, du 19 au 21 août. A trois mois du congrès qui doit voir la fusion entre les Verts et Europe Ecologie, l’heure était aussi à la mise en avant d’Eva Joly comme possible candidate à l’élection présidentielle. 
- La fête de la rose, à Frangy en Bresse le 22 août, permettait à Arnaud Montebourg d’accueillir Jean-Pierre Chevènement, président d’honneur du MRC. 
- Du 27 au 29 août, la 23ème université d’été du Parti socialiste se déroulait, comme à l’accoutumée, à La Rochelle. Martine Aubry et Ségolène Royal s’y sont montrées présentes et accordées entre elles pour prôner l’unité des socialistes dans la perspective de 2010. 
- Du 26 au 29 août, à Seignosse le Penon (Landes), le Parti communiste se réunissait autour de Pierre Laurent, qui vient de succéder à Marie-Georges Buffet comme secrétaire du Parti. La véritable rentrée politique du PCF est prévue les 10-11-12 septembre à La Courneuve avec la Fête de l’Humanité. Depuis sa création en 1930, on en est à la 80ème édition. Même si « la Fête de l’Huma est vraiment increvable » (Valère Staraselski, Huma. Dimanche 5 août 2010, présentant son livre sur l’histoire de la Fête), on est loin du million d’entrées revendiquées dans les années d’après-guerre.

André Chassaigne, député du Puy de Dôme, pourrait être mis en avant, dans la perspective de sa candidature à l’élection présidentielle.

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- Du 25 au 28 août à Port-Leucate (Aude), le NPA organisait son université d’été, sur fond d’interrogation concernant l’avenir politique d’Olivier Besancenot. Au même moment, Jean-Luc Mélenchon réunissait le Parti de Gauche à Grenoble. 
- Le Nouveau Centre se réunissait à La Grande Motte (Hérault) les 28-29 août, mais sans l’Alliance centriste de Jean Arthuis qui se réunissait à Laval (Mayenne). La candidature d’Hervé Morin à la présidentielle de 2012 est un sujet d’importance au Nouveau Centre, avec les conséquences que cela peut avoir pour l’intéressé (départ du gouvernement) et pour le mouvement (liens avec l’UMP). 
- Le 31 août, l’UMP réunissait ses cadres à Port Marly (Yvelines). 
- Le Parti radical de gauche se réunit à Seignosse (Landes) du 3 au 5 septembre. Aux mêmes dates, le Mouvement pour la France se réunit à Arnay le Duc (Côte d’Or). Toujours du 3 au 5 septembre, le MRC se réunit à Valence (Drôme), tandis que le Parti radical réunit ses équipes, aux mêmes dates, à Lyon. 
- Le MODEM clôturera cette série d’universités d’été, du 14 au 26 septembre (ce sera déjà l’automne), dans la presqu’île de Giens (Var).

Sur la scène sociale

Cette fébrilité des partis politiques ne se traduit pas de la même façon sur la scène sociale. L’élection présidentielle ne constitue pas l’évènement premier vers lequel tendent les réflexions et les rassemblements. 
- Les universités d’été sont moins nombreuses. Celle de la CFDT ne se tiendra pas cette année, la tenue du congrès confédéral en juin dernier ayant été un lieu d’échanges actifs et suffisants pour cette année. 
- La CFTC réunit ses cadres à Rouen les 31 août et 1er septembre sur le thème de l’insertion professionnelle et syndicale des jeunes, avec pour thème « Même pas peur ». 
- Les autres confédérations ne tiendront pas d’université d’été, ce qui n’est, du reste, pas dans leurs habitudes. 
- Du 20 au 24 août, les militants d’ATTAC participaient à la 11ème édition de leur université citoyenne pour "repenser l’émancipation"
- A Lyon, du 23 au 25 août, s’est tenue l’université d’été des « désobéisseurs », les enseignants du primaire qui fonctionnent en réseau pour s’opposer aux réformes en cours dans l’Education nationale.
Cette forme d’engagement collectif, bien en phase avec la culture et les outils actuels de la contestation sociale, pose la question délicate des relations entre cette « résistance » et l’action syndicale classique. Soutenus par la CGT et par Sud-Education, ces enseignants ne sont pas suivis par la CFDT et par l’UNSA tandis que la FSU, où ils sont en grande partie syndiqués, se trouve troublée par leur activisme. 
- Au MEDEF, l’université d’été prévue les 1-2-3 septembre sur le campus d’HEC à Jouy en Josas est annoncé comme un évènement fort. Le thème de cette année est « L’étrangeté du monde : mode d’emploi ». Tant le nombre de participants (4 000 personnes attendues) que la qualité des 200 intervenants (de haut niveau, français, européens, étrangers) font de cette université d’été un haut lieu de la prospective et du débat, une sorte de rendez-vous incontournable de la rentrée sociale.

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- Les organisations syndicales sont, en fait, beaucoup plus centrées sur la préparation de la journée unitaire du 7 septembre, sur les retraites.

Le succès des manifestations du 24 juin a permis aux syndicats de se retrouver le 29 juin au siège de la CFDT pour faire un point. Si la CFE-CGC n’y était pas présente, Force ouvrière et la CFTC s’y sont rendues. Nouvelle réunion le 23 août, au siège de la FSU, pour préparer les grèves et les manifestations du 7 septembre. Même si Force ouvrière n’a pas signé le communiqué commun, cette journée va, à nouveau, installer l’unité entre les organisations nationales.

Le projet de loi étant inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée Nationale du 7 au 17 septembre (et en octobre au Sénat), les organisations syndicales se réuniront dès le 8 septembre pour « analyser la situation et décider des suites unitaires à donner rapidement à la mobilisation ».

Sur le fond, la réforme est considérée par tous comme inéluctable. Le Parti socialiste, prudent sur le sujet, peut considérer comme plus habile de laisser la droite mener cette réforme difficile et impopulaire plutôt que d’avoir à la conduire, à partir de 2012, en cas de succès aux élections politiques. La CGT et la CFDT ont suffisamment l’écoute du gouvernement pour se placer, à la faveur de cette réforme, en position dominante sur l’échiquier syndical français et pour concrétiser plus fortement encore le processus de recomposition syndicale, en isolant Force ouvrière et en épuisant ou en marginalisant les autres organisations.

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Le 7 septembre et ses suites

Les manifestations du 7 septembre apparaissent, au premier abord, comme une opération calculée, programmée, maîtrisée, tout comme la journée du 29 septembre programmée par la Confédération Européenne des Syndicats en faveur de « l’emploi et de la croissance ».

Ces manifestations portent cependant en elles des risques non maîtrisés, sur fond d’affaiblissement de l’autorité gouvernementale, sur fond de faible crédit accordé à l’opposition et sur fond de poursuite de désaffection des syndicats par les salariés.

Le fatalisme, la résignation, la lourdeur, la passivité, le repli sur soi, les expressions catégorielles sont autant de mots qui caractérisent la lassitude sociale de notre pays confronté à un choc économique mondial. Cette lassitude s’est installée il y a deux ans et s’est poursuivie, hormis quelques explosions sociales localisées (les conflits « bonbonnes de gaz » du premier semestre 2009 et du premier trimestre 2010).

La question demeure : cette lassitude peut-elle déboucher sur d’autres comportements, plus réactifs et radicaux ? Question subsidiaire : les partis politiques de gouvernement (de l’UMP au PS) et les grandes confédérations syndicales sont-ils en capacité de maîtriser ces évolutions possibles de l’inquiétude collective ?

L’observation des faits et des acteurs oblige à des réponses prudentes.

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Manifestation parisienne sur les retraites 1er mai 2010


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