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sociales et syndicales

Parité : en progrès, peut mieux faire

Le « plafond de verre » est l'image utilisée pour désigner les difficultés des femmes à accéder à des postes de responsabilité, dans les entreprises, les administrations et les institutions publiques.

Dans la vie économique comme dans la vie politique, la parité hommes-femmes est en net progrès. Résultat d’une lente évolution des mentalités ? Mesures imposées pour installer la parité ou accroitre la proportion des femmes dans les lieux de décision ? Le fait est là : le chemin vers l’égalité hommes-femmes est ouvert, même si de nombreux progrès restent à faire et même si le souci de l’égalité est parfois défini par certains comme la négation des différences naturelles entre hommes et femmes.

Les taux d’activité se rapprochent

Au 1er janvier 2010, la population totale de la France comptait 64,7 millions de personnes, dont 51,6 % de femmes.

Le taux d’activité de la population en âge de travailler - c’est-à-dire des personnes ayant entre 15 et 64 ans - a connu une augmentation constante pour se situer à 70 %. Les taux d’activité féminins et masculins se sont nettement rapprochés depuis une trentaine d’années, celui des femmes s’étant accru tandis que celui des hommes diminuait.

En 2006, selon l’enquête Emploi de l’INSEE, 25 millions de personnes ont un emploi, dont 11,6 millions de femmes et 13,4 millions d’hommes.

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De la même façon, les taux de chômage des femmes et des hommes se rapprochent. Toutefois, à diplôme identique, le taux de chômage des jeunes femmes reste plus élevé et leurs salaires inférieurs. « En effet, les spécialités de formation qu’elles choisissent ne correspondent pas toujours aux besoins du marché du travail » explique l’INSEE dans sa récente et très documentée publication « Tableaux de l’économie française 2011 » (février 2011, 18,50 €, 256 pages). Les écarts de salaire persistent, en dépit des efforts menés, qu’illustre notamment la loi du 23 mars 2006 sur l’égalité salariale. En 2008, le salaire net d’une femme est en moyenne inférieur de 19 % à celui d’un homme. L’explication de cet écart tient en grande partie au fait que les femmes sont cinq fois plus à temps partiel que les hommes. Un autre élément important est que le secteur d’activité et le métier précis des femmes sont en moyenne moins rémunérateurs que ceux des hommes.

L’accès aux responsabilités reste faible

L’accès aux responsabilités dans les entreprises et les administrations indique que le clivage hommes - femmes reste très marqué. Les femmes restent minoritaires dans l’encadrement : en 2009, 39,6 % des cadres et des professions intellectuelles supérieures sont des femmes. Cette proportion est sans commune mesure avec la proportion mesurée en 1982 : 24,8 % seulement. L’accès aux postes exécutifs des directions d’entreprise fait, depuis quelques années, l’objet de mesures volontaristes. La Norvège a été la première, en 2003, à instaurer un quota de 40 % de femmes dans les conseils d’administration, suivie de l’Espagne en 2007 et de l’Islande en 2010. En janvier 2011, la France vient d’adopter une loi prévoyant que d’ici 2017, les femmes devront représenter 40 % des membres des conseils d’administration des plus grandes entreprises cotées en Bourse. L’Allemagne et l’Autriche réfléchissent en ce moment à des mesures similaires.

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Cette méthode est directive et la notion de quotas est discutable et discutée. Mais les résultats sont là. En Norvège, la part des femmes siégeant dans les conseils de surveillance des entreprises est passée de 25 % en 2004 à 42 % en 2009. En Espagne, la participation des femmes aux conseils d’administration est passée de 4 % en 2006 à 10 % en 2010.

Dans la moyenne européenne

En France, selon le cabinet Russel Reynolds Associates, 79 % des sociétés ont des femmes dans leur conseil d’administration. C’est exactement la moyenne des 16 pays européens les plus développés. Avec des écarts importants : 100 % en Norvège, Suède et Finlande mais 44 % seulement en Italie. Le pourcentage des femmes dans un conseil d’administration est très différent d’un pays à l’autre : de 38 % en Norvège à 4 % en Italie ou au Portugal. Avec un taux de 12 %, la France se situe dans l’exacte moyenne européenne.

Retard dans la haute fonction publique

Dans la fonction publique de l’Etat, d’importants progrès sont encore à faire. Selon le rapport 2009 - 2010 sur la fonction publique, les femmes n’occupent que 16,1 % des emplois de direction alors qu’elles sont majoritaires parmi les cadres : 56,6 % des emplois de catégorie A sont occupés par des femmes. En outre, la plupart des très hauts postes de l’administration d’Etat restent masculins. Aucune femme n’a encore accédé au poste de direction suprême à l’Inspection générale des finances (les hommes y représentent les 3/4 des effectifs), à la Cour des comptes ou au Conseil d’Etat. La première présidente de la Cour de cassation a vu 13 magistrats se succéder à ce poste depuis 1945. Une seule femme parmi eux, entre 1984 et 1988, alors que la part des femmes dans les effectifs de la Cour de cassation est de plus de 40 % aujourd‘hui. Parmi les 11 membres du Conseil constitutionnel, on ne compte que 2 femmes.

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90 % des ambassadeurs sont des hommes. Sur 94 présidents d’université (qui sont élus), on compte 9 femmes seulement. En 2006, 5 femmes occupaient des postes de recteurs (sur 35). A la tête de l’ENA, 13 directeurs se sont succédés depuis sa création en 1945 : 12 hommes et 1 femme. Depuis 2003, selon le site internet de l’ENA, la proportion des femmes dans les promotions de l’ENA avoisine les 30 %.

Dans la vie politique

En France, les femmes représentent 53 % de l’électorat. Au niveau national comme au niveau local, la représentation féminine parmi les élus varie fortement selon le scrutin. Dix ans après le vote de la loi du 6 juin 2000 sur la parité, l’Assemblée nationale et le Sénat restent essentiellement masculins. Aux législatives de 2007, la proportion de femmes élues a atteint 18,5 %. Ce résultat est encore éloigné de l’objectif fixé par le législateur et les pénalités financières n’ont pas eu l’effet escompté. La loi du 31 janvier 2007 impose une alternance stricte femmes - hommes dans la composition des listes aux municipales (communes de 3 500 habitants et plus). Aux cantonales, les candidats doivent se présenter aux côtés d’un candidat de l’autre sexe. Depuis la loi du 16 décembre 2010, la dotation publique pour financer les partis prend en compte le respect de la parité aux élections territoriales (à partir de 2014). En rendant obligatoire la parité pour les scrutins de liste, la loi de 2000 a permis aux femmes de devenir aussi nombreuses que les hommes au Parlement européen, dans les conseils régionaux et dans les conseils municipaux de communes de plus de 3 500 habitants. Au Sénat, où une partie des sièges sont pourvus à la proportionnelle, les femmes bénéficient désormais d’une représentation certes modeste mais supérieure à celle de l’Assemblée nationale.

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L’application de la loi sur la parité lors des élections au Parlement européen permet à la France de se maintenir parmi les pays les plus fortement représentés par des femmes dans l’Europe des 27 (6ème rang). En revanche, les faibles avancées de la France en matière de parité au sein des assemblées parlementaires la placent désormais en 18ème position sur 27 pour ce qui concerne la part des femmes élues à l’Assemblée nationale et en 5ème position parmi les 13 Etats ayant un sénat ou une deuxième chambre.

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Deux affiches conçues pour la Journée de la femme, le 08 mars 2011, l’une par l’UNSA, l’autre par la CFDT.

 

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