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sociales et syndicales

Le « syndicalisme de proximité » : une expression, une exigence

« Syndicalisme de proximité » : l'expression revient souvent dans les discours syndicaux et nourrit les textes adoptés en congrès. Elle sonne comme une exigence : celle, pour les militants, de retrouver le chemin de la « base » et se mettre à l'écoute et au service des salariés.

« Syndicalisme de proximité » : l’expression revient souvent dans les discours syndicaux et nourrit les textes adoptés en congrès. Elle sonne comme une exigence : celle, pour les militants, de retrouver le chemin de la « base » et se mettre à l’écoute et au service des salariés.

Les règles de représentativité syndicale nées de la loi du 20 août 2008 bouleversent progressivement le paysage syndical ; elles obligent les organisations syndicales à repenser leurs relations avec les salariés. Le but est de renverser une tendance à la désyndicalisation, dominante depuis une trentaine d’années. Cette préoccupation conduit les syndicats à redécouvrir la notion de « proximité ». On voit ainsi fleurir l’expression « syndicats [ou représentants syndicaux] de proximité » qui il y a une génération serait apparue comme tautologique, les syndicats étant par définition l’affaire des salariés et donc proches de ces derniers. Rendre prioritaire le syndicalisme « de proximité » témoigne paradoxalement d’une perte de substance de l’action syndicale.

- Un travail sur les structures -

Lors de leur derniers congrès, la CGT et la CFDT ont tout particulièrement mis l’accent sur la redécouverte de cette « proximité ». Dans la résolution adoptée lors de son congrès de Nantes en 2009, la CGT évoque à plusieurs reprises cette notion. Le « syndicalisme de proximité » qu’elle appelle de ses voeux prend logiquement appui sur des sections d’entreprise. Plus largement, il s’agit de repenser les structures syndicales locales pour tendre vers un« maillage cohérent, équilibré, opérationnel ». Ce « syndicalisme de proximité » cible spécifiquement les jeunes « qui subissent une précarité intense » et dont on devine, en creux, qu’ils sont été trop souvent oubliés par les syndicats. Reste à passer de la théorie aux actes, à évaluer les changements réels qui seraient intervenus. Certaines difficultés rencontrées par la CGT dans des bastions traditionnels - à l’occasion des élections professionnelles - témoignent que ces nouveaux défis conservent toute leur actualité.

- 18 citations dans la résolution du congrès CFDT -

La CFDT, quant à elle, évoque à 18 reprises la notion de « proximité » dans la résolution adoptée lors de son congrès de Tours, en 2010. A travers elle, c’est bien une nouvelle conception du syndicalisme, un « syndicalisme d’adhérents », qu’il s’agit d’afficher ou de réaffirmer. Cependant la répétition du propos laisse entrevoir combien le syndicalisme se serait éloigné de la proximité. Ainsi, les syndicats CFDT sont invités à un « travail de proximité » avec les salariés. Cette « proximité doit être au coeur [des] pratiques syndicales ». Elle doit « permettre une valorisation plus forte de l’action de la CFDT ». Il s’agit aussi de mettre en place des « référents » CFDT dans chaque « collectif d’entreprise », d’« aider les militants de proximité », de développer « la capacité de réponse et de relais des syndicats et de l’interprofessionnel de proximité », d’évaluer les « actions de proximité menées en direction des salariés »

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L’expression « syndicalisme de proximité », récemment employée dans l’éditorial de François Chérèque dans Syndicalisme hebdo CFDT du 12 janvier 2012.

C’est finalement l’assemblée des syndicats, programmée par la CFDT à la rentrée 2012, qui dressera le bilan de ces évolutions et des changements engagés pour faire face aux nouveaux défis posés par les relations du travail. Il s’agira là encore de faire « le bilan des actions de proximité menées en direction des salariés ».

- Dans les autres organisations aussi -

Pour l’Union syndicale Solidaires-SUD, il s’agit de même de promouvoir un « militantisme de proximité », effectivement centré sur les questions du travail. C’est le sens de la résolution du congrès de Villefranche-sur-Saône en 2011. Il est question aussi de « mobilisations de proximité », prenant appui sur des réseaux militants locaux. Une démarche contraire, en d’autres termes, à ce que seraient des mouvements « presse-bouton » sans efficacité réelle, que téléguideraient les confédérations.

Ainsi, pour les syndicats, la « proximité » apparaît comme un grand défi à relever. Il s’agit de mieux répondre aux transformations du travail et, surtout, de retrouver des bases militantes, de renouveler des élites, sans quoi le syndicalisme - malgré le changement des règles de représentativité syndicale - risque de poursuivre son déclin et, dans les entreprises comme dans la société globale, de perdre son rôle de médiateur. Dans la même perspective, d’autres organisations - FO, la CFE-CGC ou la CFTC - mettent parallèlement l’accent sur les spécificités de leur « identité » : « indépendance de comportement », défense « catégorielle », valeurs extra-professionnelles.

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Le Peuple (bimestriel, organe officiel de la CGT) du 18 novembre 2011 est tout entier consacré à la mise en oeuvre des décisions du 49ème congrès relatives aux « modes d’organisation par la syndicalisation du plus grand nombre des salariés ». Il y est rappelé « l’enjeu de la proximité en territoire ».


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