L'expert des relations

sociales et syndicales

Une journée à l'Assemblée générale de la CFDT

La CFDT tenait, les 28 et 29 novembre dernier, l'Assemblée générale de ses syndicats. Ce fut l'occasion du passage de relais de François Chérèque vers Laurent Berger. Ce fut aussi un important travail de réflexion interne pour renforcer et moderniser la CFDT. Objectif : un syndicalisme de proximité.

Le 28 et 29 novembre dernier avait lieu l’Assemblée générale de la CFDT, consacrée au bilan des actions de proximité menées en direction des salariés, des militants et des adhérents. Cette assemblée faisait suite au rapport de Marcel Grignard de 2009 pointant du doigt les difficultés sur l’organisation et préconisant différentes solutions comme rapprocher l’appareil de la base, renforcer l’organisation et les équipes et partager une vision collective. Fort d’une organisation ressoudée, Laurent Berger pouvait, dès 2010, prendre à bras le corps ce projet « L’orga, en chantiers ». Le 29 novembre s’ajoutait une séquence « émotion » par le départ de François Chérèque, secrétaire général de la CFDT depuis 2002.

- Le journal d’une journée -

Nous sommes le 29 novembre, 8:15 : ça y est ! je me trouve devant le Palais de la Mutualité. Petit attroupement devant l’entrée, c’est sur, j’y suis. Je constate qu’ils n’ont plus la barbe, quoique, il en reste encore. En revanche, les jeunes, il y en a peu... 8h19 : j’ai mon boarding pass. 8h21 : chacun cherche sa place au vestiaire pour sa valise et son manteau, il faut que j’accélère, l’AG commence à 8h30 précises. 8h27 : Me voici bien installée dans une salle refaite à neuf, décorée juste ce qu’il faut, à ma gauche un cédétiste, à ma droite un journaliste, l’orga, en chantiers peut débuter. Un déroulé bien ordonné, un timing respecté, une ambiance conviviale et professionnelle, le message du changement est en marche.

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- Le syndicalisme à un tournant -

La loi de 2007 sur le dialogue social qui impose une concertation préalable avec les partenaires sociaux avant toute réforme du marché du travail et la loi du 20 août 2008 qui institue des nouvelles règles en matière de représentativité prolongent le tournant réformiste de la CFDT engagé par Edmond Maire, installé par Jean Kaspar et Nicole Notat et consolidé depuis 2002 par François Chérèque. Ces nouvelles règles exigent de la même façon un changement stratégique de l’organisation.

Le 19 et 20 mai 2009, au Bureau national de la CFDT, le rapport de Marcel Grignard dépeint les difficultés sur l’organisation et propose différentes solutions : rapprocher l’appareil de la base, renforcer l’organisation et les équipes, partager une vision collective. Marcel Grignard précise que « la stratégie réformiste se révèle payante quant aux objectifs politiques qu’elle nous permet d’atteindre. Mais nous avons du mal à ce que ces résultats se traduisent dans une dynamique d’organisation, porteuse de résultats pour les salariés et favorisant notre développement en entreprise ».

A la suite du rapport Grignard, et surtout lors du congrès de Tours en 2010, cette stratégie est validée par les congressistes. C’est Laurent Berger, fraichement élu, qui est chargé de faire évoluer l’organisation vers davantage de proximité avec les salariés, les adhérents, les militants et les futurs adhérents en recherche d’emploi. L’orga, en chantiers, à mi-chemin entre le congrès de Tours de 2010 et le congrès de Marseille en 2014, se veut ainsi un temps d’approfondissement et d’ouverture de la réflexion.

- L’assemblée générale, entre deux congrès -

L’AG n’est pas une instance décisionnelle comme un congrès, mais plutôt un moment de partage et de réflexion sur les grands enjeux qui sont posés à la CFDT pour franchir un nouveau cap et faire évoluer l’organisation.

L’AG n’est pas formellement un congrès, avec ce que cela implique en termes de représentation proportionnelle des structures politiques de l’organisation, de durée, d’organisation des débats ou de vote de décisions. Aussi, le Conseil national confédéral (CNC) des 30-31 mai et 1er juin dernier a décidé de la représentation des structures : tous les syndicats et UTR (unions territoriales de retraités) sont conviés, les membres du BN et les titulaires du CNC seront membres de droit. Il a également travaillé en commissions sur l’état d’avancement des chantiers d’évolution de l’organisation.

- Le point sur les chantiers -

8h45 : Après une brève présentation de la journée, il est temps de faire le constat des différentes enquêtes et expérimentations. Qu’en est-il de ces chantiers ? Ils sont au nombre de six :

1. Soutien et accompagnement des militants : la CFDT expérimente la création de « référent de section syndicale », celui-ci sera un interlocuteur dans l’organisation qui apporte des réponses aux questions qu’elles se posent et qui fait le lien entre elles et l’organisation et, en priorité, le syndicat.

2. Proximité avec les salariés : la CFDT expérimente différentes formes de nouvelles pratiques, comme les « enquêtes flash » (depuis janvier 2011, 140.000 personnes ont répondu à 80 enquêtes sur plus de 2000 lieux de travail) ou l’aide à la négociation de protocoles pré-électoraux dans les petites entreprises, enfin par la prise en compte des salariés des TPE et leur rencontre (270.000 guides TPE distribués). A cela un triple enjeu : être à l’écoute des salariés, les comprendre, se faire l’écho de leur vie au travail et de leurs aspirations, agir avec eux pour solutionner les problèmes mis en évidence ; mais aussi, réussir le développement de la CFDT par la syndicalisation ; et gagner partout la représentativité.

3. Service aux adhérents : la création d’un service d’accueil centralisé qui propose des « Réponses à la carte ». Les adhérents doivent pouvoir compter sur la CFDT quand ils se posent des questions, quand ils rencontrent des difficultés ou quand ils ont besoin d’être accompagnés sur le plan professionnel. Le service « réponses à la carte » permet à chaque adhérent, quelque soit son territoire, son entreprise, son champ professionnel d’accéder à la même qualité de réponses à ses besoins. En chiffres, cela représente pour le moment, 110 appels d’adhérents par semaine et 95% de satisfaction du service.

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4. Place des syndicats, rôle des structures, pour plus d’efficacité (Cf. infra)

5. Place et prise de responsabilité des jeunes, des femmes, et des personnes issues de la diversité : le renouvellement des forces militantes est aussi à l’ordre du jour, avec l’objectif d’ouvrir notre organisation à davantage de diversité.

6. Évolution de la presse et de la communication : nouveau logo, nouvelle charte graphique, nouveau site internet, meilleure maitrise des réseaux sociaux. Il faut renouveler l’image de la CFDT, la rendre plus moderne, plus proche des salariés, plus attractive pour de nouveaux publics, en particulier les jeunes.

Être toujours plus en phase avec le terrain, au plus près des besoins des salariés, des adhérents et des militants : tel est l’axe majeur d’évolution de la CFDT.

- L’étude Algoé -

9h00 : La présentation de l’étude Algoé réalisée dans le cadre du chantier n°4 est intéressante pour les entreprises. Elle dresse le constat de la structuration en millefeuille de la CFDT.

Le cabinet Algoé a procédé à 1000 interviews dans 4 régions de France, 52 syndicats, 155 sections syndicales, 4 URI, l’ensemble des fédérations. Par une étude de « sociologie des organisations », 230 entretiens ont été réalisés, observant le fonctionnement, les difficultés et les relations de travail des militants.

Premier constat : les militants CFDT sont compétents et reconnus. Les salariés leur font confiance quand il s’agit de solutionner un problème qui leur est posé. L’étude note également une dynamique d’organisation et l’importance du collectif.

En revanche, seuls 7% des cédétistes ont moins de 30 ans et en 2020, 63% des responsables cédétistes seront à la retraite.

De nombreux jeunes se sentent incompétents, par manque d’expérience, ne se pensent pas à la hauteur pour remplacer les seniors. La GPEC et le contrat de génération sont deux belles opportunités pour la CFDT... Le lien entre les structures CFDT (syndicat, fédération, interpro) et les militants est indispensable, malheureusement, l’étude montre qu’au sein de la section syndicale d’entreprise, le militant est à l’aise mais débordé et connaît des problèmes de gestion du temps. De plus, pour lui, le syndicat n’apparaît pas comme quelque chose de concret parce qu’il n’est pas rendu très attractif. Les fédérations sont mieux identifiées car elles apportent des services juridiques, économiques et des outils de développement notamment sur la négociation sociale.

Au niveau confédéral, c’est le retour de l’image et la reprise des actions locales retranscrites au niveau national dans les médias et dans les revues syndicales, en revanche, « le bas attend de la reconnaissance du haut » !

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Ce constat dressé, il convient de penser une évolution des structures en fonction de la nature actuelle du salariat et notamment celle dans les TPE, un salariat en crise, devenu plus inquiet et plus individualiste. Il s’agira au congrès de Marseille, de procéder à un croisement entre le diagnostic et les retours reçus.

10h30 : Pause, c’est l’heure d’aller prendre un café, d’écouter quelques « discussions de comptoir » et de découvrir les stands partenaires d’une organisation syndicale. Rien à redire sur l’organisation, ça file droit !

11h00 : retour sur les travaux de la commission avec proposition de modifications et présentation des grands axes de réflexion. Débat et vote de la proposition d’engagement, à main levée (si certains voyaient ça...)

12h30 - 14h45 : c’est l’heure du déjeuner où chacun cherche son plat. Moment le plus stratégique de la journée si l’on souhaite manger quelque chose.

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14h45 : découverte du nouveau logo de la CFDT, propre et simple. Un énorme chronomètre est diffusé à l’écran, 15 minutes avant le discours de clôture de l’Assemblée générale par le nouveau secrétaire général, Laurent Berger. 15h45 : un petit film vidéo sur les dix années de François Chérèque est diffusé, plus un bruit dans la salle jusqu’à la fin du film.

15h52 : fin du film, tout le monde se lève et acclame François Chérèque. Des claquettes en forme de mains ont même été distribuées pour faire plus de bruit. Les 1200 participants entourent un François ému.

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Ainsi, l’AG de la CFDT fût un travail d’introspection et non pas d’expression. L’essentiel des débats et réflexions de cette assemblée générale étaient internes à la CFDT. Elle montre que la CFDT veut rompre avec sa structure pyramidale et centralisée pour se changer sur une approche en réseau allant lui assurer plus de cohérence et de réactivité.

Le discours de clôture de Laurent Berger souligne une nouvelle fois les besoins d’avoir des adhérents fiers de leur organisation, des militants fidèles et déterminés dans leur action, la volonté de changer, d’évoluer et de s’adapter pour être au plus proche et à l’image des salariés.

16h15 : fin de l’assemblée générale. En route vers 2014.

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La CFDT en chiffres 
- 863.674 adhérents au 31/12/2011 
- 21,8% aux élections prud’homales en 2008 
- 1200 syndicats 2/3 dans le secteur privé et 1/3 dans la fonction publique 
- Les salariés : 39% n’ont pas d’opinion sur la CFDT (60% chez les moins de 25 ans) 
- 40% en ont une opinion positive 
- 21% un opinion négative (Extrait de l’enquête TNS, Sofres, mai-juin 2011). 
- Prochain congrès : Marseille en 2014

 

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